Responsabilité sans faute de l’hôpital

responsabilité sans faute

Le service public hospitalier est responsable des conséquences dommageables causées aux patients par les produits et appareils de santé défaillants, même en l’absence de faute de sa part.

A la suite de la luxation d’une prothèse du genou posée le 25 janvier 2000 au centre hospitalier universitaire de Chambéry, un patient a dû subir le 27 avril 2000 une intervention chirurgicale de reprise et qu’il a fallu procéder le 8 février 2001 au remplacement de la prothèse. Invoquant une défectuosité de celle-ci, l’intéressé a exercé à l’encontre du centre hospitalier universitaire de Chambéry un recours indemnitaire que le tribunal administratif de Grenoble a rejeté par un jugement du 7 avril 2006. Le patient a formé un pourvoi en cassation contre l’arrêt du 23 mars 2010 par lequel la cour administrative d’appel de Lyon a rejeté son appel contre ce jugement.

Dans un arrêt du 21 décembre 201, la Cour de justice de l’Union européenne a retenu que « la responsabilité d’un prestataire de services qui utilise, dans le cadre d’une prestation de services telle que des soins dispensés en milieu hospitalier, des appareils ou des produits défectueux dont il n’est pas le producteur au sens des dispositions de l’article 3 de la directive 85/374/CEE du Conseil, du 25 juillet 1985, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de responsabilité du fait des produits défectueux, telle que modifiée par la directive 1999/34/CE du Parlement européen et du Conseil, du 10 mai 1999, et cause, de ce fait, des dommages au bénéficiaire de la prestation ne relève pas du champ d’application de cette directive “ et que “ cette dernière ne s’oppose dès lors pas à ce qu’un État membre institue un régime, tel que celui en cause au principal, prévoyant la responsabilité d’un tel prestataire à l’égard des dommages ainsi occasionnés, même en l’absence de toute faute imputable à celui-ci, à condition, toutefois, que soit préservée la faculté pour la victime et/ou ledit prestataire de mettre en cause la responsabilité du producteur sur le fondement de ladite directive lorsque se trouvent remplies les conditions prévues par celle-ci ».

Le Conseil d’état, par arrêt en date du 13 août 2013 (n° 339922), décidé qu’il résulte de l’interprétation ainsi donnée par la Cour de justice de l’Union européenne que la directive du 25 juillet 1985 ne fait pas obstacle à l’application du principe selon lequel, sans préjudice des actions susceptibles d’être exercées à l’encontre du producteur, le service public hospitalier est responsable, même en l’absence de faute de sa part, des conséquences dommageables pour les usagers de la défaillance des produits et appareils de santé qu’il utilise. Ce principe trouve à s’appliquer lorsque le service public hospitalier implante, au cours de la prestation de soins, un produit défectueux dans le corps d’un patient.

Par suite, en faisant application de la directive pour juger que le patient, qui avait connaissance de l’identité du producteur de la prothèse défectueuse contre lequel il lui appartenait de diriger son action, ne pouvait rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Chambéry, la cour administrative d’appel a commis une erreur de droit et son arrêt doit dès lors être annulé.

[Illustration: Photos Libres]

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